C’était un soir d’été


C’était au mois de juin 

Ou peut être juillet 

Dans le sombre refrain

De mes tristes années

J’dessinai mes secrets  

Dans des carnets souv’nirs 

J’en avais des idées 

Et des choses à écrire

J’avais pour compagnon 

Un petit animal 

Belle consolation 

Plus vivant qu’mon journal 

J’avais peur de la nuit 

Quand son poids nous assomme

Et des silences enfouies 

Sous ces pas qui raisonnent 

J’avais peur de la nuit 

Et de ce qui s’en suit 

J’avais treize ans à peine 

Dans le cœur la quinzaine 

Il s’appelait Benji

Il était mon refuge 

Il avait tout compris

À c’qu’était mon déluge

Puis après dix huit heures 

Quand arrivait le soir 

J’nétais parti qu’une heure 

Pour aller me chercher 

De quoi passer mes peurs

Et  mes larmes d’été 

Je suis rev’nue cacher 

Comme voulait mon enfance 

De quoi me consoler 

Et me remplir la panse

De ses plaisirs sucrés

De ceux que l’on dépense 

Après avoir séché

Nos larmes en silence 

J’avais peur de la nuit 

Et de ce qui s’en suit 

J’avais treize ans à peine 

Dans le cœur la quinzaine 

C’était la canicule 

À l’ombre des cyprès 

Mais si bien dans ma bulle 

J’en avais oublié 

D’ouvrir cette fenêtre 

Qui donnait sur la cour

Car il faut bien admettre 

Qu’il faisait chaud autour 

Quand je suis revenue

C’était déjà la nuit 

Il m’avait attendu 

Je l’attendais aussi 

J’avais peur de la nuit 

Et de ce qui s’en suit 

J’avais treize ans à peine 

Dans le cœur la quinzaine 

Ce n’était qu’un lapin 

Il était noir et blanc 

On m’a dit qu’c était rien 

Quand j’l’ai trouvé hal’tant 

Puis j’ai tellement pleuré 

Toutes les larmes de mon corps 

Tandis qu’il souffrait 

De son bien triste sort

J’avais peur de la nuit 

Et de ce qui s’en suit 

J’avais treize ans à peine 

Dans le cœur la quinzaine 

Je suis partie dehors 

À m’asseoir sur un banc 

Pour crever de remord

En remontant le temps 

J’l’avais enterré là 

Au coin de mon jardin 

Avec une croix de bois 

Et des fleurs de jasmin 

Puis le temps est passé 

Et c’était plus pareil 

Car depuis cet été 

Est parti mon soleil 

De colère je m’vengeais

sur mes cahiers d’écoles

Puis j’griffonnais ses traits

pourvu qu’ça me console 

J’avais peur de la nuit
Et de ce qui s’en suit
J’avais treize ans à peine
Dans le cœur la quinzaine 

De peine je brûlais

À l’aide d’une loupe

Les visages refait 

Des revues qu’on découpe

Presque  trente ans après 

Je m’en souviens encore 

C’est pourtant pas si près 

Mais j’y tenais très fort 

J’avais peur de la nuit 

Et de ce qui s’en suit 

J’avais treize ans à peine 

Dans le cœur la quinzaine 


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