A l’enfant que j’étais


C’était il y a trente ans 

Ou peut être quarante 

Nous étions des enfants

En nos peurs impuissantes

On s’était dit parfois 

Qu’on n’oublierai peut-être 

On s’était assis là 

À l’ombre des tempêtes

On dessinait les ombres 

Sur nos cahiers d’école 

On touchait les étoiles 

De nos mains innocentes

Quand soudain la pénombre

Nous projetait au sol

En détruisant nos toiles 

De leurs formes tremblantes

O la nuit de son poids 

Trop souvent me réveille 

Mais je sais que parfois

Quand je n’ai plus sommeil 

Je trouve mon refuge 

Dans les écrits violents 

L’unique subterfuge 

De cet enfer latent

Je m’y prends à tracer 

d’ insondables tristesses 

Dans le coeur de l’enfant

De l’enfant que j’étais

 Quand il venait poser

Ses mortelles promesses 

De ses poings agacés

sur nos corps en détresse 

C’était il y a trente ans 

Ou peut être quarante 

On s’chamaillait autant 

Que l’envie est courante 

C’était il y a trente ans 

Ou peut être quarante 

On f’sait semblant de rien 

Avant qu’il entre enfin 

O la nuit de son poids 

Trop souvent me réveille 

Mais je sais que parfois

Quand je n’ai plus sommeil 

Je trouve mon refuge 

Dans les écrits violents 

L’unique subterfuge 

De cet enfer latent

Puis on courait planqués 

vers notre mère absente

Pour aller nous coucher 

Avant que la nuit entre

Je me souviens de tout 

Quand cette vie me tourmente

Je me souviens surtout 

Que la nuit est violente

Elle prenait son parti 

Ils se disaient « parents »

On supportait ses cris 

À nos moindres mouv’ments

Elle accrochait au vent

Nos silences de môme 

Il supportait le temps 

À la force d’un homme 

C’était il y a trente ans 

Ou bien peut être hier 

Nous n’étions que des pions 

Prisonniers de l’enfer 

O la nuit de son poids 

Trop souvent me réveille 

Mais je sais que parfois

Quand je n’ai plus sommeil 

Je trouve mon refuge 

Dans les écrits violents 

L’unique subterfuge 

De cet enfer latent

Je n’oublierai jamais 

Les vaines cicatrices

Sur ma peau tatouée

De mes bleus artifices 

Non pansés mais pourtant 

Pas moins destructrices 

Qui vient glacer le sang 

D’une terre protectrice 

M’voici mère à mon tour 

Depuis bientôt vingt ans 

Et je sais qu’un retour 

Me détruirait autant 

Que les tempêtes arrachent 

Tous les arbres malades 

Quand la pluie s’amourache 

Des nuages en cascades 

C’était il y a longtemps 

Mais les séquelles restent 

Et j’ai le sentiment 

Que elles se manifestent

O la nuit de son poids 

Trop souvent me réveille 

Mais je sais que parfois

Quand je n’ai plus sommeil 

Je trouve mon refuge 

Dans les écrits violents 

L’unique subterfuge 

De cet enfer latent

Me voici aujourd’hui 

Au pied de cette gare 

À m’venger de la vie 

Alors qu’il est trop tard 

On confie les enfants 

À qui sait les aimer

On n’ guérit pas du temps 

Au nombre des années

O la nuit de son poids 

Trop souvent me réveille 

Mais je sais que parfois

Quand je n’ai plus sommeil 

Je trouve mon refuge 

Dans les écrits violents 

L’unique subterfuge 

De cet enfer latent


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